MICHEL PERALDI

                     Les territoires spacieux

Site de Michel Peraldi

Le territoire spacieux

 

Le territoire spacieux est un espace « non dense » « issu des marges délaissées de la métropolisation et de la mondialisation.

Le territoire spacieux  ne se résume pas dans le rural notion en voie de disparition et dont la production était à dominante agricole. Il ne se résout pas non plus dans une zone « non urbaine » avec une économie purement résidentielle ou récréative. Les territoires spacieux  sont des espaces générés mais  ignorés du modèle dominant concurrentiel et  urbain de la mondialisation  mais qui ne sont pas dépourvus pour autant d’atouts de développement qualitatif…

 

Une nouvelle notion  de la géographie de la population

 

La géographie de la population a pour objet principal l’étude de la densité de la population et le lien qui existe (ou pas) entre cette densité et le milieu naturel. Aussi l’une des grandes problématiques de la géographie de la population est l’opposition entre espace rural et espace urbain,  l’opposition Ville/campagne.

Or cette opposition n’est plus, ou du moins ne se pose plus, dans le même contexte. La ville n’est plus et a croulé sous l’agglomération ou la métropole qui n’a plus rien à voir dans son organisation spatiale et sa gouvernance avec la ville traditionnelle berceau de la bourgeoisie jusqu’à la fin du siècle dernier.

La campagne (ou le milieu rural) n’est non plus une notion performante en ce qu’elle visait principalement des espaces de production agricole avec un tourisme rural d’économie d’appoint tous deux en voie de marginalisation . L’agriculture comme le tourisme tendent à l’intensivité et l’espace rural profond poursuit sa désertification .

 La notion de territoire spacieux  répond au besoin de renommer ces territoires « non denses » et de les repositionner comme nouveau concept  géographique et économique face aux notions urbaines « d’agglomérations » de « métropoles » ou de « mégapoles », elles parfaitement définies.

 

Territoire spacieux et milieu rural

 

Si la fonction du milieu rural est à dominante agricole, le territoire spacieux  zone non dense ne l’est pas forcément. D’ailleurs au plan mondial il y a, ne serait ce qu’en Asie, des zones rurales denses qui ne sont pas des territoires spacieux comme l’inde ou le Bengladesh.

Le territoire spacieux  se caractérise non seulement par sa densité, par définition relativement faible, mais surtout par l’impossibilité d’asseoir son développement par les simples mécaniques de la  libre concurrence. Ce sont des territoires « hors marchés » condamnés à sortir du développement s’ils ne font pas l’objet de stratégies spécifiques publiques ou privées de développement territorial. La grande difficulté de les couvrir pour l’accès au numérique en très haut débit en est l’illustration actuelle. Entre un désert rural et un territoire spacieux il y a (entre autres conditions) l’accès au numérique.

 

Zones  spacieuses  et zones défavorisées

 

Les zones  spacieuses  ne sont pas condamnées à être des zones défavorisées ou des « zones à handicap permanent » au sens que l’entend la communauté européenne mais doivent pour se développer adopter des stratégies adaptées aux spécificités de leurs territoires. Les politiques de montagne ont en France depuis 30 ans avec  la loi Montagne démontré que des stratégies territoriales adaptées pouvaient, lorsqu’elles étaient bien élaborées et suivies créer de la richesse et inverser les flux démographiques dans des zones au départ défavorisées. Les parcs naturels nationaux souffrent parfois plus de surfréquentation que de désertification et les parcs naturels régionaux sont une vraie réussite d’apport d’ingénierie durable en zone « non dense » et commencent  à souffrir  d’une urbanisation  pas toujours maîtrisée sur leur territoire.

 

Zones  spacieuses  non denses  et compétitivité des territoires

 

L’application des principes de compétitivité et de concurrence condamnent le « non dense » puisque la systématisation idéologique de la  concurrence pratiquée par les autorités européennes  les excluent et excluent les opérateurs économiques de ces zones. Par contre les recherches d’aménités, de qualité de vie ou de développement durable vont dans le sens de leur développement. Dans une démographie mondialement en explosion  et une économie mondiale en forte progression elles ne sont pas condamnées à la régression ou à la désertification. Elles peuvent être aussi des poches de développement durable à progression raisonnée à côté d’un modèle dominant à urbanisation débridée.

Nous ne sommes pas dans un modèle néo-rural défensif mais dans un modèle de développement alternatif et qualitatif. Mais pour ce faire l’ingénierie fait cruellement défaut car  celle-ci  est majoritairement en milieu urbain et porte une idéologie urbaine  et  « métropolitaine » visant à en  faire l’idéologie dominante du développement..

 

La désertification des zones rurales : fin d’une problématique ?

 

Le 20ième siècle a conjugué zone rurale et désertification  mais  depuis peu sur certaines zones le phénomène s’inverse. La Bretagne à connu un fort développement depuis 20 ans en s’appuyant sur des investissements exceptionnels d’infrastructure, une pratique nouvelle de développement territorial souvent en pointe par rapport aux autres régions et un réseau de villes dynamiques. L’auvergne et le limousin ont récemment  inversé leurs tendances démographiques même si le vieillissement des populations de leurs zones rurales reste encore une forte inquiétude.

Les problématiques changent. Ce  n’est plus  Paris et le Désert français mais la recherche d’un équilibre entre des phénomènes de métropolisations généralisés mais plus disséminés autour des grandes agglomérations  et une interrogation sur la gestion de nouveaux espaces non denses qui ne se résument pas à l’espace rural mais intègrent aussi bourgs et petites villes  : les territoires spacieux.

 

L’accès aux services condition d’existence d’un territoire spacieux

Si les courbes démographiques s’inversent le repli des services se poursuit et s’accélère. Là réforme des finances a entraîné la réduction des implantations des perceptions et des établissements de la banque de France, la réforme de la carte judiciaire celle des tribunaux la modernisation de l’armée celle des régiments et dans la même logique la réduction voire la suppression  des sous -préfecture en sera l’inéluctable futur maillon comme le suggère déjà le rapport 2012 de la cour des comptes. La révision générale des politiques publiques sans doute indispensable se fait sans aucune approche de développement territorial  et accélère la fracture territoriale qui se construit devant nos yeux.

La France avec son modèle avait su jusqu’à présent conserver un service public territorial qui préservait les grands équilibres de son territoire, d’un territoire globalement non dense à l’échelle européenne pour un pays industriel et développé. La conjugaison des phénomènes de métropolisation, de la crise des finances publiques traduite par la RGPP et l’avènement au niveau européen du modèle dominant anglo-saxon de l’hyper concurrence conduit la France mais également l’Europe à la fracture territoriale.

Les territoires spacieux sont une alternative dès lors que l’espace va devenir rareté au niveau européen

Encore faut –il que les services nouveaux soient accessibles dans ces espaces dès lors que ce ne sont pas forcément les mêmes que ceux qui ont été repliés. Il n’est certes pas besoin d’avoir une perception, une banque de France voire une sous- préfecture (dès lors que tous les titres sécurisés sont traités ailleurs) et encore moins une classe unique perdue. Il est par contre indispensable d’avoir partout de l’accès au très haut débit, de l’enseignement à distance, de l’accès à la culture, une autoroute ou une gare  pas très loin, un service de santé et d’aide à la personne de proximité.

Dans cette optique l’Auvergne et le limousin avec leur désenclavement autoroutier récent , leur fort investissement dans le numérique et leurs politiques d’accueil sont des régions (et elles ne sont pas les seules) qui ont commencé à constituer certains territoires en territoires spacieux qui attirent de nouvelles populations.

 

La gouvernance des territoires spacieux

 

La gouvernance des territoires ruraux  de la troisième république c’était les cantons appuyés par les sous-préfectures. Les cantons ont disparu et les sous-préfecturs n’ont plus la légitimité depuis les lois de décentralisation et encore moins les moyens.

La gouvernance et l’ingénierie des territoires spacieux sont à construire.

Elle peut se faire au niveau des Parcs Naturels Régionaux qui ont prouvé leur pertinence mais qui doivent être réservés pour les territoires d’exception mais également au niveau des pays pour les territoires plus communs en qualité environnementale et paysagère.

Encore faudra t’il que cette gouvernance politique puisse s’appuyer sur une ingénierie technique qui fait, hors certains parcs,  cruellement défaut  car elle est majoritairement concentrée en milieu urbain.

La  loi sur la réforme des collectivités territoriales du 16 décembre 2010 présente une forte menace pour l’avenir de ces territoires puisque la constitution de grandes métropoles et l’affaiblissement de Régions et des départements risquent de laisser en France ces territoires orphelins  de gouvernance territoriale puisque dépourvus de moyens de financer une ingénierie «non métropolitaine».

La pensée urbaine dominante tend à faire rimer urbanisation, métropolisation et  développement économique et induire que la densification urbaine  est condition du développement durable puisque énergétiquement sobre.

L’analyse croisée des rangs respectifs des pays européens pour la densité moyenne, le PNB par habitant et l’indice de développement humain de l’ONU qui intègre des éléments qualitatifs de niveau de vie, d’accès aux soins et aux savoirs, tend à relativiser ce préjugé commun.

Car s’il se trouve certes des corrélations entre densité moyenne des pays européens et PNB par habitant, l’indice de développement de l’ONU met  au contraire en tête de son classement des pays relativement non denses. Ainsi si l’on excepte les cas très particuliers du Luxembourg et des Pays Bas,  l’on trouve dans le haut du classement des pays assez peu métropolisés au plan européen tels l’Irlande, la Suède,  la France, la Finlande, l’Autriche et l’Espagne.

Sur ces constatations il serait utile d’approfondir la réflexion sur les conditions de développement de ces espaces « non denses » et de leur qualification en «territoires spacieux» comme alternative ou complément à la métropolisation annoncée.

 

Michel PERALDI

Mars 2012                                                                  

 

 

CONSTRUIRE ET EXPERTISER LE DEVELOPPEMENT   TERRITORIAL DURABLE

Colloque IADT novembre  2012

Vivre et travailler dans les espaces de faible densité.

Contribution Michel Peraldi.

De la fin du monde rural au développement des territoires spacieux

)                 http://iadt.fr

Réforme territoriale et aménagement des territoires

                 http://iadt.fr